MÅNGATA (2022)

M. Gremaud, J. Richard (in French | en français)

Mångata. En suédois, le chemin de lumière tracé par la lune sur les flots, les soirs où elle est pleine et veille sur le monde sidéré. Depuis sa fenêtre avec vue sur le campo, une femme frissonne. Là, juste là, à la surface paisible du canal où les poissons s’aventurent à nouveau, une drôle de créature nage sans bruit et son bas-ventre lance des reflets métalliques à fleur d’eau… 

Après "Plein Cœur" et "Moïra", la compagnie Roz & Coz retrace le destin d’une Vénitienne qui s’éprend d’une sirène dans une Cité des Doges confinée. Mais le conte se fait vite grinçant. Car il y a le danger constant, ce virus invisible et sournois, qui tisonne des angoisses qu’on croyait tenues en laisse. Ce corps à la solitude plastique qui perd petit à petit la mémoire de la chair. Le refus de cette différence qui saute aux yeux à chaque pas. Le rejet de l’autre. Et, surtout, la détestation de soi. Le verbe est jeté, les mots de l’auteure et metteuse en scène fribourgeoise Joëlle Richard sont durs, sans concession, comme si seule cette violence de forme était à même de traduire l’inénarrable. Ils tissent une parole fractionnée à la lisière du slam, dont la poésie disloquée répond aux compositions ironico-lucides de la comédienne et harpiste Mirabelle Gremaud.

Extract | extrait: "Ma ville crève / Et je sais pas quoi foutre / De cette putain de graine germée / Qui vient buter dans ma trachée / Je te regarde / Et ça pousse / Ça pousse et ça reste croché / Je veux pas finir attachée / Je crois plus à l’amour, d’accord? / J’ai jeté la clé du Pont des Soupirs / Et elle s’est enlisée dans la fange de nos eaux usées / T’entends, t’entends / Saleté de femme-poisson?" 

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